posted on 15 août 2010 à 14:40 par Yslaire / Auteur

C’était mon ami sur les bancs de l’école St Luc à Bruxelles. On s’est rencontrés comme deux parias au fond de l’atelier, tandis que les grandes figures de la classe crachaient sur la BD, et ne juraient que pour le Pop Art en général et Lichtenstein en particulier. Je lui ai fait rencontrer Jean-Marie Brouyère, puis Christian Darasse et Frank Pé, et aussi Yves Schlirf. On était toute une bande de copains, on partait dans le sud de la France, dans la maison a côté de celle des Sambre, pour dessiner tous ensemble, et on envoyait nos planches par la poste...

André, Frank et moi, on formait un trio, inséparable graphiquement. On a tous a commencé à Spirou avec le rédacteur en chef Thierry Martens, puis avec Alain De Kuissche (qui n’était pas tendre avec André). On faisait l’animation du journal, quelques cartoons et des histoires complètes, parfois de courts textes surréalistes. On a tout fait ensemble. A l’époque où s’affirmait (déjà) une "nouvelle bande dessinée" adulte et parisienne, on se revendiquait comme les héritiers de Franquin, à mi-chemin entre l’humour et l’aventure : on appelait pas ça de la BD poétique ou la « nouvelle BD pour enfants », car cela n’avait pas de nom, et puis la poésie "ça n’est pas commercial, ça, la poésie. Ca manque de pollution et de mauvais sentiments" comme le répétait Martens. Combien d’heures, combien de jours, on a discuté sur un trait, sur un dessin, pour refaire le monde et réapprendre à dessiner, à inventer une "nouvelle nouvelle BD".

J’avais une profonde admiration pour la gentillesse spontanée de ses dessins, son sens esthétique, et puis aussi cette capacité d’abstraction des formes humoristiques qui me fascinait. Il redécouvrait Herriman, Ungerer ou Sempé, qu’il me faisait partager.  Encore maintenant, s’il avait critiqué mes dessins, son avis aurait été plus important que n'importe quel autre. On s’est disputés aussi. Car il était très colérique et moi aussi. Et puis la vie nous a séparés. Moi, j’ai grandi ; lui, peut-être pas. Avec Jean-Marie disparu il y a six mois, c’est toute une époque de ma jeunesse qui s’en va... trop tôt. Mourir à 54 ans, c’est même prématuré.

Adieu André.

PS : le dessin a été réalisé pour le journal Spirou. Je pense qu’il aurait aimé ce dessin. J’ai tout fait pour, en tout cas...

 

100816_1.JPG

 

 

posted on 23 juillet 2010 à 12:00 par Yslaire / Auteur

Cela fait six mois déjà que j’aurais dû l’écrire, cet article, mais voilà. Sans doute le chagrin...
En BD, Jean-Marie a été mon Père spirituel. Je l’ai rencontré à 13 ans au milieu d’une exposition de la section BD à l’institut St Luc à Bruxelles. À l’époque, Eddy Paepe y donnait cours et parmi les élèves exposés, figurait Claude Renard. C’est ce dernier qui, quelques années plus tard, a repris les cours de BD et a fondé l’Atelier R. qui verra éclore une génération de nouveaux auteurs en Belgique, comme Schuiten, Sokal, Berthet et cie... mais c’est une autre histoire. La mienne, moins connue, commence au même endroit par la rencontre avec Jean-Marie, qui me remarque (la salle était quasi déserte) et me demande : « Tu veux faire de la bande dessinée ? Viens chez moi tous les samedis, je t’apprendrai. » J’ai sauté sur l’occasion. Jean-Marie avait été l’élève de Tillieux (Gil Jourdan) et souhaitait reproduire l’expérience. Il m’a appelé Fils pendant sept ans. Je connaissais son travail, il dessinait Hippy dans Tintin et commençait Al Alo dans Spirou. Des histoire courtes humoristiques avec un humour poétique farfelu, à l’image de l’auteur et de son époque. Jean-Marie était un hippie. Plutôt que de m’apprendre à dessiner, il m’a fait découvrir la musique rock, la Beat-Generation, Alan Ginsberg, l’alcool, la drogue et Jimi Hendrix. Dès qu’il touchait sa paie de quelques planches, il m’emmenait en vadrouille dans ses périples arrosés de gentil doux-dingue, mi-voyou, mi-hippie. Je l'admirais comme un demi-dieu et je reproduisais tous ses tics de langage, je tentais d’imiter ses folies. Moi qui venais d’un milieu bourgeois, j’entrais de plain-pied dans la contre-culture et l’après 68 américain. J’ai vraiment cru que les jeunes allaient changer le monde.
 
Un an plus tard, sous les conseils de Thierry Martens, Rédac chef de Spirou, il entame le scénario d’Archie Cash, une série réaliste et musclée, dessinée par Malik, qui connaîtra un succès public plus que critique. Ce fut un malentendu. Lui qui, plus que personne, avait préconisé l’évolution de Métal Hurlant et de la BD française, se voyait catalogué comme auteur « commercial » avec tout ce que cela avait de connotations péjoratives à l’époque. Pourtant, Jean-marie qui savait son talent incompris en BD, n’avait qu’une ambition : transmettre. Frank Pé, André Geerts, Christian Darasse pour ne citer que les plus connus sont passés par son atelier et ont profité de ses conseils, de son enthousiasme, illustré ses scénarios. Moi j’ai dessiné son projet de Coursensac et Baladin, sans compter Bug 30, quelques histoires complètes et des dizaines de dessins (sur des cartons de bière) pour la rubrique l’Apache qui rit. Je lui dois, comme d’autres jeunes, mon entrée chez Spirou. Qu’il en soit remercié.
Plus tard, chacun a pris son envol. Et l’on dira que la BD l’a un peu oublié. Je garde de lui cet esprit fou et gentil à la fois, rebelle à toutes autorités, et le souvenir d’un hippie qui donnait un sens pictural à ses visions délirantes sur papier. À son enterrement, il y avait une toile faite en hommage au fromage blanc et au yaourt, dont le charme me hante encore. Et comme faire part, son dernier dessin. J’adore. C’est tellement lui. C’était. 

 

Tags:
posted on 09 juillet 2010 à 14:18 par Yslaire / Auteur

...entreprend sa rénovation. A cette occasion, un appel d’offres à candidatures à eu lieu. Et le bureau d’architectes Origin, avec lequel je collabore régulièrement pour le projet de la Gare Centrale de Bruxelles, m’a demandé d’intégrer dans leur projet une idée de scénographie pour l’entrée du château, après rénovation. Le cahier des charges impose de tenir compte de la réaffectation du château en centre d’interprétation de la littérature pour la jeunesse. En collaboration avec Françoise Olivier, nous sommes arrivés à cette idée de projections d’écritures sur le mur à partir d'un ballon montgolfière, et d’un bassin d’eau en demi-lune, qui reflète en miroir la façade et met en scène cet autre côté du miroir qui fait tout le charme de l’imaginaire enfantin. Esquisses ci-contre du projet... qui soit dit en passant, ne sera peut-être jamais réalisé...   

 

100708_1.JPG

100708_2.JPG

100708_3.JPG

 

 

posted on 06 mai 2010 à 13:32 par Yslaire / Auteur

Récemment, pour la promotion parisienne du film Alice au pays des merveilles de Tim Burton, le magazine Casemate m’a commandé une illustration. Pour l’occasion, j’ai travaillé avec L.(pour faire bref, L, c’est elle, car de toutes façons, il n’y en a qu’une et je l'aime.) L a donc  fait des séances de pose avec différents modèles, dont notre fille (non, pas celle qui est dans le miroir). Comme on le voit, elle n’était pas de bonne humeur ce jour-là. Mais cela n’a pas empêché la photographe de lui voler cette expression sibylline et mystérieuse. Suite au shooting, j’ai mis en scène le dessin final en coupant-collant les éléments photographiques et en rehaussant graphiquement les chromies, l’exposition, les matières. Le but était de créer une athmosphère envoûtante et mystérieuse, à la frontière entre la photo et le dessin. L’exemple même d’une collaboration réussie. D’un mariage parfait...
Une épreuve originale en grand format a été réalisée à trois exemplaires signés, sur cadre aluminium pour la galerie Champaka.

 

100406_1.JPG

 

posted on 12 avril 2010 à 12:11 par Yslaire / Auteur

L’actualité a été chargée et le temps a manqué. Et puis, le financement du site ayant subi quelques difficultés, il a fallu du temps (encore) pour se réorganiser. Mais c’est promis : le blog va retrouver une nouvelle vie. Car l’enthousiasme est intact. Je suis né « geek » en 1997 et mon envie d’investir la toile et l’univers numérique en général n’a pas vieilli. Comme le rappelait aimablement un des mes éditeurs, je reste un des rares auteurs BD a dessiner intégralement sur tablette Cintiq (oui, il y en a une nouvelle qui va sortir en avril) et l’un des premiers (avec Sokal) à avoir mis la main à la pâte informatique (pour mon premier site, j’écrivais les lignes de code HTML). Et ce n’est pas fini. J’ai quelques projets pour le début de l’année prochaine pour lesquels je garde la surprise. Le temps de les mettre en chantier. En attendant, place au blog...

Tags:
posted on 07 janvier 2010 à 12:42 par Yslaire / Auteur

C'est l'avantage d'une commande : vous êtes forcé de terminer un dessin. Celui-ci comportait des zones encore ébauchées et la commande était d'exposer l'original dans une foire aux antiquaires. J'ai donc repris mes pinceaux et mon encre sépia pour improviser sur les restes de crayonnés. Du plaisir...

 

100107_1.JPG

 

Tags:
posted on 16 novembre 2009 à 23:41 par Yslaire / Auteur

Cela fait 10 ans que le projet a été lancé. Décorer les quais de la Gare Centrale de Bruxelles. Des murs de minimum 150 m de chaque côté de la salle des quais. Bien entendu, en 10 ans, même si je n’y ai pas travaillé tous les jours, le projet a beaucoup évolué. Les techniques d’exposition, surtout. Des fresqes murales, on est passé à des tôles émaillées, à des impressions numériques sous verre et rétro-éclairées, puis à des projections murales, genre diapos, et maintenant des séquences graphiques animées sur écrans LED. 30 écrans de trois mètres sur quatre sont envisagés aujourd’hui. Du jamais vu dans une gare européenne.

Voilà à peu près ce à quoi cela pourrait ressembler... Sous réserve de l'acceptation du projet en cours.

 

091116_1.JPG

 

posted on 13 novembre 2009 à 10:59 par Yslaire / Auteur

Jean-françois Moyersoon, qui dirige Marsu Productions, m’a demandé une illustration du Marsupilami. A ma sauce... A ma grande honte, il m’a fallu pas mal de temps pour répondre à sa demande. Franquin est sans doute pour tout le monde le seul génie à rivaliser avec Hergé, et pour beaucoup de dessinateurs, un "père spirituel", comme aimait à le définir Moebius. Celui qui ouvre la voie... et entraîne derrière lui beaucoup de suiveurs. Aujourd’hui encore, il m’arrive de me souvenir de certaines de ses leçons. "Méfiez-vous de la virtuosité, Hislaire"  disait celui-là même qui, a mes yeux, en était le plus brillant contre-exemple. Charles Dupuis l’utilisait un peu malgré lui comme directeur artistique de Spirou. Il n’était pas rare que le Rédacteur en chef de Spirou lui demande son avis à propos des nouveaux jeunes dessinateurs. André s’acquittait conscienscieusement de sa tâche tout en se défendant d’avoir la science infuse. Il était particulièrement généreux de ses conseils... Bref, rendre hommage à cet immense dessinateur que j’ai eu la chance de croiser, ne fut pas aisé. D’autant que mon univers semble particulièrement éloigné du sien. Finalement, j’ai trouvé un espace commun de tendresse et de gentillesse, à travers cette confrontation pensive de Bernard Sambre et du marsupilami, l’un singeant l’autre. J’aime croire qu’il aurait au moins apprécié l’intention...

 

091113_1.JPG

posted on 15 octobre 2009 à 19:23 par Yslaire / Auteur

J’ai fini et terminé deux livres coup sur coup. Le Ciel au–dessus du Louvre avec Jean-Claude Carrière paraîtra en novembre (le 13, si j’en crois le site futuropolis.fr), et le cycle Hugo & Iris arrive à son terme avec le 3ème et dernier chapitre. C’est la fin aussi de deux collaborations qui ne me laissent que de bons souvenirs... Avec un peu de nostalgie... Zut. C’était trop court. J’aurais voulu que cela dure plus longtemps. 

Un livre terminé, c’est toujours un moment d’euphorie. Je suis comme un moteur diesel, à la fin  d’un album, comme un cheval qui sent l’écurie ; ma production s’accélère, je suis presque en transe, je dessine de plus en plus vite. Je suis "dedans", en apnée. Il y a une forme d’ivresse des profondeurs (de la psyché) qui me donne envie de ne pas remonter, un sentiment de puissance, lié à ma productivité, à la distance de plus en plus courte entre l’élaboration d’un dessin et sa réalisation. Et puis il y a un sentiment général de libération, qui fait suite à une très longue tension, un accouchement (comme on dit souvent). Ce qui inévitablement annonce un retour de flamme, un petit "baby-blues".

Allez, je m’y remets. Vite, un nouveau projet !

posted on 30 juin 2009 à 10:03 par Yslaire / Auteur

090630_1.JPGComme il est écrit dans Wikipedia, L'ordre des Arts et des Lettres est une décoration honorifique française qui, gérée par le ministère de la Culture, récompense « les personnes qui se sont distinguées par leur création dans le domaine artistique ou littéraire ou par la contribution qu'elles ont apportée au rayonnement des arts et des lettres en France et dans le monde. » Cet ordre tire son prestige de deux éléments essentiels : d'une part de la qualité de ses membres, d'autre part de contingents annuels extrêmement réduits. 

Et si je vous dis ça, c’est parce que le 14 mai, l’Ambassadeur de France à Bruxelles, représentant la ministre de la Culture Française Christine Albanel, m’a nommé chevalier des Arts et des Lettres. La cérémonie avait été organisée en l’honneur des 40 ans des Editions Glénat. Autres récipendiaires, le même jour : Hermann, Dufaux, Jean-François Charles, Gos, et Griffo. Tous belges  forcément émus d’avoir été honorés par la France, même si selon la citation de Paul Henri Spaak (attribuée à Churchill selon l’Ambassadeur), une décoration cela ne se demande pas, cela ne se refuse pas, cela ne se porte pas

Il est vrai que la médaille accrochée à votre costume (qu’elle troue) vous fait immédiatement ressembler à un général soviétique.(ou à un arbre de noël, selon d’autres) D’ailleurs chacun des auteurs promus sortant de l’Ambassade, s’est empressé de la glisser dans sa poche. Ce qui n’empêche pas d'être fier, sans fausse modestie.

 

 

 

 

 

Tags: